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Mamar Kassey
© D.R.

Portrait de: Mamar Kassey

Tel le fleuve Niger au cours large et implacable, le groupe Mamar Kassey (nom de l’un des héros de l’empire Songhaï) entraîne l’auditeur/spectateur dans un flux de vie et d’énergie où rites ancestraux et progrès cohabitent naturellement. Un groupe parfaitement à l’image de l’Afrique d’aujourd’hui.
Fondé à Niamey en 1995, l’orchestre rencontre très vite le succès. Dès 1997, se met en place une tournée internationale –commencée sur la scène de Nuits Atypiques de Koudougou- qui emmènera les Mamar Kassey dans la plupart des capitales de l’Afrique de l’Ouest : Ouagadougou, Abidjan, Lomé, Accra, Cotonou…. La musique du Niger sort enfin de ses frontières !
Si le Nigéria a vu naître l’afro-beat (inventé par Fela et son batteur/directeur d’orchestre Tony Allen dans les années 70), son voisin le Niger est beaucoup plus discret sur la scène musicale internationale. Pays riche de traditions culturelles diverses souvent inspirées par le désert, le Niger n’a jamais imposé un style particulier (à l’instar de la rumba zaïroise ou du Mbalax sénégalais). Et ceci se retrouve aussi bien dans le répertoire des Mamar Kassey que dans la composition du groupe où se retrouvent peuls, haoussas, germas. Ce qui ne pourrait être qu’une collection de mélodies typiques, qu’un échantillonnage folklorique prend toute son ampleur grâce à la modernité de arrangements (le groupe a longtemps travaillé avec le musicien/ directeur artistique Camel Zekri) et à la puissance du chant de Yacouba Moumouni le leader de la formation.
Chanteur exceptionnel et personnage hors du commun, Yacouba Moumouni est une figure emblématique de la scène africaine, tant par son talent que par sa destinée. Il n’a que 9 ans lorsque son père décède; ses frères lui mènent une vie si rude (le rouant de coups à la moindre occasion) qu’il s’enfuit de chez lui et parcourre à pieds les 200 kilomètres qui le sépare de la capitale, dormant dans les fossés et marchant jusqu’à épuisement. A Niamey, il trouve refuge sur le marché où, en échange de quelques pièces, il porte des cartons. « J’avais à peine de quoi m’acheter une petite culotte, se souvient Yacouba ».une femme recueille un jour cet enfant des rues. Il s’agit de la chanteuse Absatou Dante. Pendant des années, il travaillera à son service, menant les troupeaux aux chants. C’est dans la solitude de la campagne que Yacouba apprendra à jouer de la flûte, à chanter et à danser pour un public composé de chèvres et de moutons. Une après midi, juste avant de partir jouer dans une cérémonie, le flûtiste attitré de sa bienfaitrice tombe malade. Le jeune Yacouba le replace au pied levé et s’en sort si bien qu’il est autorisé à jouer avec la troupe de temps à autre, puis régulièrement. Parallèlement , il travaille dans un garage. Un jour, alors qu’il a les mains dans un moteur, une belle voiture s’arrête devant son atelier. Le directeur du Centre Culturel Français en descend et demande à voir un jeune artiste nommé… Yacouba Moumouni.
A partir de là, le conte de fée commence pour le petit pâtre illettré : Alhassane Dante, ancien directeur du Ballet National et co-directeur du Centre Culturel Franco-Nigerien, le prend sous son aile. Au CCF, il rencontrera Camel Zekri, talentueux musicien venu enseigner à Niamey, et Aly Keita, virtuose du balafon. Entre ces trois là, l’amitié ne se démentira jamais et aujourd’hui ils se retrouvent régulièrement à travers le monde, soit lors de projets communs (tel le festival de l’eau, créé par Camel) soit comme invités à des événements musicaux prestigieux.
C’est tout naturellement que dès leurs débuts, les Mamar Kassey font appel à la direction artistique de Camel Zekri (qui réalisera leur premier disque) pour trouver ce son si particulier qui fait la particularité du groupe. Très vite le succès arrive et le groupe devient rapidement le représentant musical du Niger à travers le monde.
Parallèlement au groupe, Yacouba Moumouni poursuit aussi une carrière solo, essentiellement en tant que flûtiste. On peut l’entendre sur un titre du « Worotan » d’Oumou Sangaré, sur l’album d’Hasna el Becharia ou encore comme invité de nombreux grands jazzmen lors de lives mémorables.
Aujourd’hui, Yacouba Moumouni est une véritable star au Niger, un musulman pratiquant qui n’hésite pas à envoyer paître les intégristes et qui jouit d’une certaine aura sur ses compatriotes. A tel point qu’un jour.. « Comme je devais partir faire un concert en Europe, raconte Yacouba, je suis allé faire renouveler mon passeport. Puis je suis revenu chez moi en moto, et là… je me suis rendu compte que j’avais perdu mon passeport, qui avait dû s’envoler de ma poche. Je partais le lendemain matin très tôt et je n’avais pas le temps de le faire refaire. Alors j’ai téléphoné à la radio nationale qui a fait passer mon annonce en directe. Quelques heures plus tard, on sonnait à ma porte : c’était un admirateur qui me rapportait fièrement mon passeport ! »

Magali Bergès




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